dimanche 25 juin 2017

Mme Ruth Grosrichard dans le viseur de la DGED marocaine

Elle s'appelle Ruth Grosrichard. Son article sur le Maroc et la nouvelle constitution de 2011 n'a pas plu au Makhzen. Trop critique. La DGED demande des rensignements sur elle. Le sulfureux Farid Mnebhi est chargé de recopiler les informations sur sa personne, ses activités, son entourage, etc.
Voici le contenu de son rapport sur Mme Grosrichard:


 




Si Mourad, te transmet éléments d'info relatis à la demande reçue via karimi. J'ai demandé à Sciences-Po Paris et à mon contact en Israël  sa biographie. Je n'ai encore rien reçu.

Toutes les infos sont sur Internet et je conclus avec mes prpores impessions. Amitiés

Note A/S de Ruth Grosrichard


Tout d’abord, après plusieurs recherches sur Internet, il m’a été impossible de trouver une moindre biographie ou CV de cette dame. Ce qui me paraît assez bizarre pour un professeur de son envergure et dont la bibliographie est assez  riche.


Ceci dit voici les seuls éléments d’informations recueillis sur le net.


Madame Ruth Grosrichard est franco-marocaine de confession israélite et née à Essaouira.


Agrégée d’arabe et titulaire d’un Master de philosophie, elle a dirigée durant plusieurs années le Centre d’Etudes Arabes de l’Ambassade de France Rabat.


Ces responsabilités au sein de la représentation diplomatique française à Rabat lui ont permis de superviser les programmes de la langue arabe dans les structures d’enseignements français au Maroc et de mettre en place l’option internationale du baccalauréat (OIB) des outils de coopération franco-marocaine en la matière..


Elle est actuellement professeur agrégée de langue et civilisations arabes à Science Po-Paris.


Au sein de cette institution universitaire parisienne elle a également occupé pendant près de 08 années le poste de directrice  adjointe  des  Affaires Internationales.


Par ailleurs, Madame Grosrichard, est active auprès d’institutions publiques ou privées en qualité de conseillère dans les domaines d’internationalisation et de politique linguistique.


En plus de son poste de professeur à Sciences-PO Paris, elle occupe la fonction de Secrétaire générale au sein de la Direction des Affaires Internationales et des Echanges (DAIE) est un des pôles fondamentaux de Sciences Po et ce, plus encore depuis l’ouverture croissante de l’Institut à l’international. Son rôle est primordial dans la mutation opérée depuis quelques années puisqu’il consiste à conduire et promouvoir le développement de Sciences Po hors des frontières de l’hexagone.


 


Au sein de la DAEI elle est également chargée de mission et responsable de la  zone géographique Afrique subsaharienne, Maghreb, Moyen-Orient et Turquie.


Sa mission est de promouvoir les échanges d’étudiants et  la coopération de Sciences Po avec des universités étrangères.


A signaler qu’elle a été membre du jury de l’Agrégation marocaine de français et a participée au jury du Prix Grand Atlas-Maroc à l’occasion de diverses éditions.


 Depuis 2008, elle collabore régulièrement à l’hebdomadaire  marocain  TelQuel.  Elle a également signé des articles sur les sites Lakome    


Elle est a écrit de nombreux ouvrages bilingues arabe-français sur les méthodes d’apprentissage de l’arabe littéral et dialectal marocain  ainsi que des articles sur la question linguistique propre au domaine arabophone.


S’agissant de ses accointances, il me semblerait que Madame Ruth Grosrichard ait des relations avec André Azoulay, Serge Berdugo, Robert Assaraf, tous connus, mais aussi avec Esther Schluss, Sylvie Ohnana et zari Abergel.


Parmi ses connaissances et ses relations, de nombreux faisceaux d’indices indiquent qu’elle serait en relation avec Eric Fottorino, directeur du Monde, dont le père biologique est juif d’origine marocaine, Bernard-Henri Levy, Stora Benjamin,Gad Elmaleh et surtout Dominique Strauss Kahn et son épouse, Anne Marie Sainclaire, directrice de HuffingtonPost.


Elle aurait également des relations avec des écrivains et journalistes marocains tels que Kilito, Abdellatif Laabi, la franco-marocaine Zakya Daoud.


 


A signaler que dans un numéro de Telquel-online.com, elle a signé une pétition contre toute condamnation dans l’affaire Nichane.


 


 Ci-après  une partie de la liste des signataires.


 


Premiers signataires








ABECASSIS Frédéric, Maître de conférences (Histoire contemporaine), Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines, Lyon, France
ABOURAHIM Maha, Professeure (Arabe), INALCO, France
AVON Dominique, Maître de conférences (Histoire), Université Montpellier III, France
BACZKO Bronislaw, Professeur honoraire (Histoire), Université de Genève, Suisse
BEN SLAMA Raja, Maître de conférence (Etudes arabes), Université de la Manouba, Tunis, Tunisie
BENANI Ahmed, Professeur (Science Politique), Président de l'Observatoire International des Affaires de la Palestine (OIAP), Université de Lausanne, Suisse
BENNANI-CHRAÏBI Mounia, Professeure associée, Institut d'études politiques et internationales, Université de Lausanne, Suisse
BENSLAMA Fethi, Professeur (Centre de Recherche Psychanalyse et Médecine-Responsable du Master, Université Paris 7- Denis Diderot, France
BLAQUE BELAIR Patrice, Membre du cabinet royal du Prince Moulay Hassan (1956-1962), Conseiller au ministère du plan et de la promotion nationale, socio-économiste principal au siège du PNUD (1969-1991)
BOILLEY Pierre, Professeur (Histoire de l'Afrique contemporaine), Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne ; Directeur du Centre d'Etudes des mondes africains, Paris, France
BOUNFOUR Abdellah, Professeur (Langue et littérature berbères), INALCO, Paris
BOZARSLAN Hamit, Directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, co-directeur de l'Institut d'Etudes de l'Islam et des sociétés du Monde Musulman, Paris, France
BURGAT François, Directeur de recherche au CNRS (Science politique), IREMAM, Aix-en-Provence, France
CAUBET Dominique, Professeure (Arabe maghrébin), INALCO, CREAM (centre d'étude et de recherche sur l'arabe maghrébin), France
EIGENMANN Eric, Maître d'enseignement et de recherche (Littérature française, dramaturgie), Université de Genève, Suisse
EL AYADI Mohammed, Professeur, Faculté des lettres et des sciences humaines Aïn-Chock - Université Hassan II- Casablanca, Maroc
EL KALADI Ahmed, Maître de Conférences (Linguistique anglaise), Université d'Artois, Arras, France.
ELALAMY YOUSSOUF Amine, Professeur (Communication), Université Ibn Tofaïl, Kénitra, Maroc.
ELOY Jean-Michel, Professeur (Linguistique) Université de Picardie ; LESCLAP (Laboratoire d'Etudes Sociolinguistiques sur le Contact des Langues et la Politique linguistique), France
• FINAN Khadija, Chargée de recherche à l'Institut français des relations internationales, Maître de conférence à Sciences-Po Paris et enseignante à l'université de Venise, Italie
FORBES Jorge, Docteur en médecine : Psychiatre-Psychanalyste, Sao Paulo, Brésil
GALLISSOT René, Professeur émérite (Histoire), Université de Paris 8, France
GANDOLFI Paola, Professeure (Sociologie), Université Ca' Foscari de Venise, Italie
GARCIN Jean-Claude, Professeur émérite d'Histoire et Civilisation du monde musulman médiéval, Université de Provence (Aix-Marseille I), France
GROSRICHARD Alain, Professeur (Littérature française), Université de Genève, Suisse
• GROSRICHARD Ruth, Professeure (Etudes arabes), Sciences Po, Paris, France
HAENNI Patrick, Chercheur (Science polititique), CEDEJ, Le Caire, Egypte
HOBSON Marian, CBE, FBA, Professeure de Francais, Queen Mary, University of London, Grande-Bretagne
JACOB François, Directeur de l'Institut Voltaire, Genève, Suisse
JEANNERET Michel, Professeur honoraire (Littérature française), Université de Genève,Suisse et Professeur de Francais, Johns Hopkins University, Baltimore, Etats-Unis
JENNY Laurent, Professeur (Littérature française), Université de Genève,Suisse
KABBA Fatima, Journaliste à l'Hebdomadaire “Le Maghrébin”, Paris
KCHIR Khaled, Enseignant-chercheur Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, Tunisie
LABDAOUI Abdellah, Professeur (Science Politique), Faculté de Droit, Université de Marrakech, Maroc
LEBENSZTEJN Jean-Claude, Professeur honoraire (Histoire de l'art), Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, Paris, France
LEGUIL François, Docteur en médecine : Psychiatre - Psychanalyste, Chargé de cours à l'Université Paris 8, France
LEVY Noémi, Chercheur (Histoire), Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, France
LOPEZ GARCIA Bernabé, Professeur, Université Autónoma de Madrid, Espagne
MARTIN Christophe, Maître de conférences (Littérature française), Université de Rouen, France
MAYEUR-JAOUEN Catherine, Professeur (Histoire), Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), Paris, France
MILLER Catherine, Chargée de recherche CNRS-IREMAM, Aix-en-Provence, France
NEAIMI Sadek, Professeur (Littérature française), Université El Mennoufiyya, Egypte
PERRIN Jean-François, Professeur (Littérature française), Université Stendhal, Grenoble, France
RACHIK Hassan, Professeur (Anthropologie), Université Hassan II, Casablanca, Maroc
RIVET Daniel, Professeur (Histoire), Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, France
SEITE Yannick, Maître de conférences (Littérature française), Université Paris 7 - Denis Diderot, France
STORA Benjamin, Professeur (Histoire), INALCO, France
THENAULT Sylvie, Chargée de recherche au Centre d'histoire sociale du XXe siècle, CNRS, Paris
TINGUELY Frédéric, Professeur (Littérature française), Université de Genève, Suisse
TREVISAN SEMI Emanuela, Professeure, Université de Venise, Italie
VALENSI Lucette, Historienne, Directrice d'études à l'École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, France
VARGAS Yves, Philosophe, Président du Groupe d'Etudes du Matérialisme rationnel
VERMEREN Pierre, Maître de conférences (Histoire), Université Paris 1, laboratoire du CEMAF, France
WAJCMAN Gérard, Maître de conférences (Psychanalyse), Université Paris 8, France


Que conclure ?


Sans vouloir trop me hasarder, il me semblerait que cette dame ait un comportement louche. Elle travaillerait pour certaines personnalités juives marocaines qui commencent à être écarter des postes sensibles de décision économique pour titiller le régime de notre pays et ce, avec l’appui de certains figures emblématiques des années 60-70.et de certains supports médiatiques.


Elle pourrait également être au service d’un service étranger avec pour objectif de recruter des étudiants marocains qui passent dans son circuit universitaire et envoyer des agents au Maroc par ce même réseau.


Enfin, elle semblerait également profondément sioniste et anti arabe, bien que clamant son amour pour le Maroc et sa marocanité.


Ceci est à prendre avec beaucoup de prudence, mais la lecture de ces papiers, de son parcours, de ses relations et des ombres sur son CV ou biographie non disponible sur Internet sont autant de points d’interrogations que je ne peux lever.




 



Voici son article paru sur Le Huffington Post France

 

Le Maroc, du neuf avec du vieux


Par Ruth Grosrichard, Professeur de langue et civilisation arabes (Sciences Po Paris)
Les monarchies arabes, autocratiques et archaïques, semblent mieux résister, pour l'instant, au vent de révolte qui souffle depuis un an sur le monde arabe. De toutes ces monarchies, il en est une, la marocaine, qui continue de passer, aux yeux de l'Occident, pour l'exemple à suivre en matière de démocratie et de renouveau. Qu'en est-il au juste ? Est-il permis d'avoir une autre appréciation ? Retour sur les faits marquants de ces derniers mois au royaume du Maroc.
Le 9 mars 2011, alors que la contestation s'étend, là comme ailleurs, le roi Mohammed VI annonce une réforme de la Constitution. Celle-ci, précise-t-il, doit s'inscrire dans le cadre des "prémisses référentielles immuables", à savoir : l'islam comme religion d'Etat avec le roi comme Commandeur des croyants, l'unité nationale, le régime monarchique. A travers sa décision, le souverain répond, sans l'admettre, aux nombreuses manifestations populaires - organisées par le Mouvement du 20 février - qui appellent à l'instauration d'une monarchie parlementaire et dénoncent la corruption, l'enrichissement effréné des premiers cercles du pouvoir, l'interventionnisme abusif des proches du souverain dans la vie politique et économique ainsi que l'injustice sociale criante. Pas même un discret « je vous ai compris ».
L'agenda royal ne saurait céder à une quelconque pression. Qu'il s'agisse de parler ou d'agir, Sa Majesté tient à garder l'initiative. Ainsi, très vite, une commission est chargée par le monarque de réviser la Constitution. Cette commission est certes composée d'experts mais elle compte aussi plusieurs personnalités qui gravitent dans l'orbite du Palais. La rue ne s'y trompe pas et en conteste la légitimité. Toujours est-il qu'après une consultation des partis politiques, des syndicats et du mouvement associatif menée à la va-vite, un projet de réforme voit le jour. Il est rejeté par le Mouvement du 20 février, l'extrême gauche et une large partie de la société civile, qui n'y voient que supercherie. Mais il fait consensus au sein d'une classe politique marocaine façonnée, depuis des lustres, par des relations complexes avec la monarchie, laquelle a su la domestiquer en lui donnant d'une main ce qu'elle reprenait de l'autre. Résultat : à grand renfort de communication officielle tous azimuts, un référendum est organisé en un temps record. Il se solde, sans grande surprise, par plus de 98% de "oui" à la nouvelle Constitution et un taux de participation avoisinant 75%. Des chiffres qui font planer le doute sur la fiabilité du processus référendaire, surtout quand on sait que l'identité des votants, par exemple, n'a pas été systématiquement vérifiée. La plupart des médias internationaux présentent favorablement ces résultats qu'on croyait d'un autre âge. Et du côté des chancelleries étrangères, c'est un concert unanime de louanges. Du coup, le royaume chérifien se voit délivrer un titre de champion en démocratie.
Au Maroc, les critiques ne cessent pas pour autant. Face à ceux qui soutiennent que la nouvelle Constitution renforce les attributions du gouvernement et du parlement, qu'elle garantit une séparation des pouvoirs et qu'elle limite les prérogatives royales, les opposants ne voient dans ce texte qu'un habillage du précédent. Pour eux, il continue - sous une séparation des pouvoirs de pure façade - à faire du chef de l'Etat un monarque absolu. Preuve en est que le roi reste à la tête de toutes les instances de décision et garde l'initiative sur tous les choix politiques fondamentaux. Ils considèrent que l'article 95 lui accorde un "droit de veto" déguisé et sans limite. Cet article stipule en effet que "le Roi peut demander aux deux Chambres du Parlement qu'il soit procédé à une nouvelle lecture de tout projet ou proposition de loi. [...] Cette nouvelle lecture ne peut être refusée". Ils sont tout aussi sévères sur le changement de terminologie, "simple tour de passe-passe" : "Chef de gouvernement" pour "Premier Ministre", "Cour constitutionnelle" pour "Conseil constitutionnel", "Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire" pour "Conseil Supérieur de la Magistrature". Ils s'interrogent par surcroît sur le nombre considérable de "lois organiques" prévues par la nouvelle Constitution, qui seront décisives pour l'interprétation d'au moins vingt articles. Enfin, les plus vigilants parmi les contestataires se sont penchés sur l'article 46 dédié à la personne du roi. "Sur ce point, c'est la traduction en français, destinée à l'extérieur, qui a été modifiée pour faire plus moderne" souligne une juriste marocaine. "On est passé de 'La personne du Roi est inviolable et sacrée' à 'La personne du Roi est inviolable, et respect Lui est dû'".
Seulement, les termes qui sont rendus par "inviolabilité" et "respect" signifient aussi, en arabe, "sacralité". On a joué sur les mots, c'est un bonneteau constitutionnel ! Un politologue averti confirme : "Sur l'essentiel, sur la nature et les fondements du pouvoir, on nous a proposé de participer à un spectacle d'illusionniste". Ahmed Réda Benchemsi, grande figure de la presse marocaine, aujourd'hui chercheur à l'université de Stanford, va plus loin dans un article très fouillé paru dans "Journal of Democracy". Il y déconstruit méthodiquement le texte de cette Constitution, "écran de fumée dressé par la monarchie pour défaire le mouvement contestataire du 20 Février".
Malgré ce qu'ils qualifient de boniments et de tromperies, les mécontents admettent tout de même des ouvertures sur le terrain des droits de l'Homme et des libertés. Mais, ils en cherchent en vain la traduction dans les faits. Quelques exemples : depuis des mois, Zakaria Moumni, ancien champion de boxe est sous les verrous, condamné, selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) "pour avoir dénoncé une discrimination dont il estime avoir été l'objet" ; le jeune rappeur Moad Al-Haqed, militant du Mouvement du 20 février dont les chansons d'une audace extrême contre le pouvoir font fureur sur les réseaux sociaux, a écopé de quatre mois de prison pour "avoir violenté un jeune anti-Mouvement du 20 février", alors qu'il se serait agi d'une algarade anodine entre partisans de camps opposés. A quoi s'ajoute les atteintes répétées à la liberté de la presse. Autant de raisons qui, parmi d'autres, ont sans doute fait que le Maroc, déjà classé parmi les pays autoritaires, recule de trois rangs (119ème sur 167), dans le dernier rapport de The Economist Intelligence Unit, think tank rattaché au très sérieux The Economist. Quant à l'organisation Human Rights Watch, dans son Rapport 2012, elle appelle les autorités marocaines à "réviser les lois répressives, réfréner la violence policière et améliorer l'indépendance de la justice" si elles veulent donner réalité aux promesses de la nouvelle loi fondamentale, concernant les droits humains.
A présent que les élections législatives du 25 novembre dernier ont donné la victoire aux islamistes du parti Justice et Bienfaisance (PJD), quoi de vraiment nouveau ? Avec un score de 28%, 107 sièges sur 395 au parlement et un taux de participation d'à peine 45%, cette victoire est moins l'expression d'une adhésion massive à l'islamisme - fut-il modéré - qu'un vote sanction contre les partis traditionnels qui ont perdu, depuis longtemps, toute crédibilité auprès des Marocains. Cette fois, même des grands bourgeois sans aucune affinité idéologique avec le PJD ont voté pour lui, manifestant ainsi leur rejet des élites politiques. A tout prendre, mieux valait encore, selon eux, faire crédit à un parti jugé indépendant de l'establishment au pouvoir.
Mais cette relative indépendance, ce parti va-t-il pouvoir la garder, maintenant qu'il est aux affaires ? Conformément à la nouvelle Constitution, qui veut que le Chef du gouvernement soit issu du parti victorieux, le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, est nommé par le souverain. N'ayant pas obtenu la majorité par les urnes, il doit former une coalition avec ceux des partis traditionnels, "plus royalistes que le roi", qui ont accepté de le rejoindre. Après des tractations laborieuses avec ses coéquipiers, il n'aura pas d'autre choix que de soumettre la composition de son équipe à l'approbation de l'ami du roi, Fouad Ali El Himma, tout juste promu - comme par hasard - conseiller au cabinet royal. C'est ce même homme dont un des rôles a toujours été de faire ouvertement obstacle à l'ascension du PJD. Benkirane, pourtant réputé avoir de la niaque, avale ainsi sa première couleuvre. Ce ne sera pas la dernière. Le Palais n'entend pas renoncer à ses prérogatives : les fameux « ministères de souveraineté », sa chasse gardée, sont maintenus pour l'essentiel ; le poste de Secrétaire général du gouvernement - stratégique par sa capacité d'obstruction aux mesures gouvernementales - est confié à un affidé ; le cabinet royal s'étoffe, en quelques semaines, de plusieurs conseillers à des postes clés (Justice, Affaires étrangères, Intérieur, Finances, etc.) au point de constituer un gouvernement de l'ombre... On a donc peine à trouver du neuf dans tout ça. Une nouveauté tout de même : le gouvernement récemment formé compte cinq fois moins de femmes que le précédent. Sur une équipe de 31 ministres, l'unique femme se voit cantonnée au ministère de la Solidarité, de la Femme et de la Famille. Plus fort encore : au moment même où, à la tribune, le Chef de ce gouvernement plaidait pour l'égalité entre les sexes inscrite à l'article 19 de la nouvelle Constitution, on a vu les femmes députées, indignées, brandir des pancartes appelant au respect de ce même article. Une sacrée révolution.


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