vendredi 30 juin 2017

Rif marocain : Face au pacifisme de la rue, le Palais sort la matraque

Par Thérèse di Campo


La colère populaire qui s'exprime depuis sept mois dans le Rif (une région du nord du Maroc) a pour point de départ la mort tragique d'un vendeur de poisson. En octobre dernier, Mohcine Fikri est retrouvé broyé dans une benne à ordures du port d'Al Hoceima. Il tentait d'échapper à des agents de la ville venus saisir sa marchandise – des espadons – dont la pêche est interdite durant cette saison. Les conditions de sa mort réveillent alors le profond sentiment d'injustice enraciné depuis des années dans une région enclavée et marginalisée.


L'indignation se transforme en mouvement de contestation pacifique aux revendications sociales : « Nous voulons un hôpital, une université et du travail ». Aux couleurs rouge et blanc du drapeau rifain, des milliers de personnes battent le pavé, s'insurgeant contre le chômage, le manque d'infrastructures mais aussi la corruption du gouvernement. Né à la ville, le « Hirak » (le mouvement) s'est rapidement propagé dans les communes rurales et villages alentour. Depuis, la mobilisation n'a jamais cessé. Au Maroc, une bonne partie des médias, largement contrôlés par le Palais royal, choisira de se taire face à la crise sociale qui enfle pendant des mois. Rassemblant des milliers de personnes, la place Mohamed VI d'Al Hoceima se transforme pourtant en sit-in permanent.


Le palais défié par le peuple


« Je suis un citoyen comme les autres et je veux dénoncer les injustices sociales du Rif » dit, un chômeur de 38 ans au micro, en s'adressant à des milliers de personnes sur la place Mohamed VI, le 18 mai dernier. Dans ses discours, Nasser Zefzafi, le leader emblématique du « Hirak », défie les autorités, interpelle frontalement le Roi et dénonce la corruption des élites du pays. Le 26 mai, l'homme interrompt un imam dans une mosquée qui condamne le mouvement dans son prêche. « Est-ce que les mosquées sont faites pour Dieu ou le makhzen [le pouvoir] ? », s'insurge alors Zefzafi.


Dans un pays ou critiquer la monarchie toute puissante expose à de graves condamnations, l'affront est de trop. Le héros du Rif est arrêté et accusé d'« atteinte à la Sûreté intérieure de l'État ». Sur son sillage, plus d'une centaine de personnes sont incarcérées, surtout des jeunes, les leaders du mouvement mais également des journalistes locaux qui relayaient la cause du « Hirak ». Loin de calmer la révolte, les arrestations n'ont fait que l'amplifier.


Forteresse policière


Et pour mater la rébellion dans le ventre de la cité et éteindre les foyers de contestation, le Palais ne lésine pas sur les moyens en déployant un dispositif sécuritaire impressionnant à Al Hoceima. Police, bouclier au poing, mais aussi gendarmerie royale quadrillent en permanence la petite ville côtière, peuplée de 56 000 habitants. « Le soirnous sommes comme des animaux en cagecontrôlés en permanence pour rejoindre notre domicile. Seuls les habitants du quartier sont autorisés à venir ici », gronde un groupe de femmes, qui doit « slalomer » entre les barrages policiers pour rentrer chez elles.


 

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1 commentaire:

  1. On note bcp de similitudes avec la révolte du peuple Syrien qui est sortie pacifiquement revendiquer ses droits et comme toute réponse il à eu droit au bâton de l'armée de Bachar.

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